Poissons

De Biodivers
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Le brochet (Esox lucius) vit dans les zones riveraines bien végétalisées des eaux stagnantes ou à courant lent, ainsi qu’à une certaine profondeur dans les eaux libres. Sa période de frai s’étend de mars à avril et il se reproduit de préférence dans les roselières ou les prairies marécageuses inondées. Les jeunes éclosent après 10 à 30 jours. Durant le premier mois de leur existence – jusqu’à ce qu’ils atteignent 5 cm de long – ils se nourrissent de petits crustacés, puis ils passent à une alimentation constituée de petits poissons. Les brochets plus grands consomment, en plus des poissons, des invertébrés aquatiques, des amphibiens et des petits oiseaux d’eau.
Texte Pascal Vonlanthen
Werner Dönni
Review Joachim Guthruf
Diego Dagani
Publication Octobre 2018


Résumé

Au moins 70 espèces de poissons vivent en Suisse. Un cours d’eau peut être divisé en plusieurs zones piscicoles. Celles-ci se caractérisent par des températures, des vitesses d’écoulement et des sédiments différents. L’éventail des espèces de poissons présentes diffère beaucoup selon la zone piscicole. Dans les eaux stagnantes, les facteurs qui influencent le plus la composition du cortège piscicole sont la profondeur, la température estivale proche de la surface et la productivité. Les poissons peuvent être classés en guildes écologiques. Ils manifestent des préférences différentes quant à la vitesse du cours d’eau, à sa structure, au comportement reproducteur, alimentaire et migrateur. De nombreuses espèces de poissons sont menacées en Suisse, pour des raisons diverses. Les principales sont la destruction des habitats, la qualité de l’eau, le manque de connectivité, l’exploitation de l’énergie hydraulique et le changement climatique. La conservation et la promotion des poissons passe principalement par la protection des habitats, au premier rang de laquelle figurent la renaturation et la revitalisation des cours d’eau. L’amélioration de la liberté de mouvement des poissons, du cycle de la matière et de la qualité de l’eau joue également un rôle important. Les réintroductions n’ont un sens que dans la mesure où on connaît les causes de la disparition d’une espèce et qu’on y a remédié.

Systématique

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Certaines espèces ont une répartition géographique limitée. L’Alborella (Alburnus alborella), l’Agone (Alosa agone), le Cheppia (Alosa fallax), le Barbo (Barbus plebejus, illustré ici) ne sont présents qu’au Tessin, l’Apron (Zingel asper) et la Sofie (Parachondrostoma toxostoma) uniquement dans le Doubs, en Suisse.

Les poissons sont des vertébrés aquatiques équipés de branchies pour respirer. Le terme générique « poissons » ne désigne aujourd’hui plus une unité taxonomique de vertébrés à part entière – contrairement aux amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères. Il est bien plus une façon de parler d’une grande partie des Gnathostomes, qui ne font pas partie des vertébrés terrestres. Les poissons cartilagineux (ou Chondrichtyens), comprenant les requins, les raies et les chimères, presque exclusivement marins, et les poissons osseux (ou Ostéichtyens) font partie des Gnathostomes. Les poissons osseux sont à leur tour divisés en Sarcoptérygiens et Actinoptérygiens. Les Sarcoptérygiens comprennent les Coelacanthes marins et les Dipneustes, qui vivent dans les eaux douces de l’hémisphère sud. Les Actinoptérygiens englobent tous les autres groupes de poissons, et parmi eux tous les poissons d’eau douce qui vivent en Suisse. Les Cyclostomes – un autre groupe de vertébrés exclusivement aquatiques – sont aussi assimilés aux poissons au sens large ; la Lamproie (Lampetra planeri) qu’on trouve en Suisse en est une représentante.

Les poissons qui vivent en Suisse appartiennent à 20 familles taxonomiques différentes. Les familles qui comptent le plus d’espèces sont les Corégonidés, avec 35 espèces, et les Cyprinidés, avec 33 espèces. L’espace alpin est connu pour abriter un grand nombre d’espèces endémiques de poissons, en particulier chez les corégones (Coregonus spp.) et les ombles (Salvelinus spp.).

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Chabot (Cottus gobio) pêché dans le Bünz (à gauche) et Omble-chevalier (Salvelinus umbla) pêché dans le lac de Sarnen (à droite)
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Au moins 55 espèces de poissons indigènes vivent en Suisse, sans compter le grand nombre d’espèces endémiques de la région alpine. Les six espèces de corégones du lac des Quatre-Cantons en sont des exemples.

Sources / liens

Eléments d’écologie utiles pour la pratique

Histoire du peuplement

La répartition des poissons dans les systèmes fluviaux de l’espace alpin est fortement marquée par l’expansion des glaciers lors des périodes glaciaires. La Suisse draine aujourd’hui cinq bassins versants (Rhône, Rhin, Danube, Pô, Adige). Chacun de ces bassins hydrographiques a compté des zones refuges pendant les glaciations qui ont recouvert la Suisse, zones dans lesquelles les poissons ont pu se replier. Le repeuplement entre les ères glaciaires s’est effectué à partir de ces refuges – c’est ce qui s’est passé aussi à la fin de la dernière glaciation il y a environ 15000 ans. L’histoire de ce repeuplement explique par exemple pourquoi la communauté piscicole du Tessin diffère de celle du nord des Alpes.

Liens

  • Jungwirth, M., Angewandte Fischökologie an Fliessgewässern. 2003: Facultas-Verlag (en allemand)
  • Unterschätzte Vielfalt (en allemand)

Les cours d’eau – zones piscicoles

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Le Barbeau commun (Barbus barbus) aime le courant, a besoin pour sa reproduction d’un lit en gravier dans lequel frayer et est adapté à une fourchette de températures moyennes. Il donne son nom à la « zone à barbeaux ».

Les systèmes fluviaux sont divisés en zones piscicoles (en allemand) selon la communauté de poissons qui les peuple. Chacune de ces zones est désignée par le nom d’une espèce indicatrice caractéristique du type d’habitat correspondant. En Suisse, on trouve les zones piscicoles suivantes:

  • Zone à truites
  • Zone à ombres
  • Zone à barbeaux
  • Zone à brèmes

Le tronçon abritant des poissons situé le plus en amont est la zone à truites. Fraîcheur de l’eau en été, déclivité importante, fort courant et sédiments composés surtout de matériel grossier (blocs, pierres, gravier) en sont caractéristiques. Ces propriétés physiques changent graduellement le long du cours d’eau jusqu’à la zone à brèmes. Celle-ci est caractérisée par des températures estivales élevées, un courant faible, une déclivité peu importante et des sédiments à granulométrie fine (sable, boue). La communauté piscicole change de façon marquante le long de ce continuum, chaque espèce de poisson peuplant un domaine optimal pour elle le long de ces gradients écologiques – elle est généralement aussi présente dans les zones adjacentes mais en densité moindre. Le nombre d’espèces croît vers l’aval entre la zone à truites et la zone à brèmes.

Cette division du cours d’eau en zones piscicoles est évidemment une représentation simplifiée de la réalité. La présence d’un lac peut par exemple modifier le régime des températures d’une rivière de sorte que celle-ci présente une composition spécifique correspondant à une zone piscicole plus en aval que ce que la pente et la morphologie supposeraient.

Voir aussi le chapitre « Morphologie » de l’article sur les cours d’eau.

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Zones piscicoles (La traduction du graphique en français suivra.)
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Préférences d’habitat de quelques espèces piscicoles de rivières présentes en Suisse.

Liens

  • Huet, M., Aperçu des relations entre la pente et les populations piscicoles des eaux courantes. Revue Suisse d'Hydrologie, 1949. 11: p. 332-351.
  • Illies, J. and L. Botosaneanu, Problèmes et méthodes de la classification et de la zonation écologique des eaux courantes, considérées surtout du point de vue faunistique. SIL Communications, 1953-1996, 1963. 12(1): p. 1-57.
  • Méthodes d’analyse et d’appréciation des cours d’eau en Suisse – Poissons niveau R

Les plans d’eau

Comme les cours d’eau, on peut grossièrement classer les types de lacs suisses. Les facteurs déterminant le cortège de poissons présents naturellement dans un plan d’eau sont sa profondeur, la température estivale de sa surface et sa productivité.

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Illustration simplifiée des types de lacs suisses avec les groupes taxonomiques de poissons dominants. (La traduction du graphique en français suivra.)

La température de l’eau joue un rôle prépondérant pour le spectre d’espèces. Les poissons ont besoin de la stratification résultant des propriétés physiques de l’eau. Les espèces aimant le froid se tiennent en été en eaux profondes, plus fraîches, tandis que celles aimant la chaleur évoluent dans les couches superficielles. Le régime thermique d’un lac et par conséquent le cortège d’espèces de poissons qu’il abrite dépendent ainsi fortement de sa profondeur et de son altitude. Les espèces pélagiques typiques comme les corégones (Coregonus spp.) sont fréquentes en particulier dans les grands lacs profonds. Les espèces littorales comme les membres des Cyprinidés et des Percidés dominent plutôt dans les eaux de plaine chaudes en été, indépendamment de leur taille. Les truites et apparentés (Salmonidés) vivent plutôt dans les eaux profondes froides ou dans les lacs d’altitude. Enfin, une productivité accrue, qu’elle soit d’origine naturelle ou humaine, provoque – en sus des effets limnologiques connus – un changement de la fréquence des espèces piscicoles en faveur des Percidés et des Cyprinidés. Cette eutrophisation peut causer une forte augmentation de la biomasse de certaines espèces, tandis que d’autres espèces deviennent plus rares.

Source / liens

Guildes écologiques

Les espèces d’une même guilde montrent les mêmes stratégies d’utilisation des ressources et les mêmes modes de vie concernant la reproduction, l’alimentation, la migration, l’utilisation de l’habitat, la température, etc. Elles ont donc les mêmes exigences écologiques et réagissent de la même manière aux changements, p. ex. à une revitalisation. Les paramètres les plus importants pour la classification des poissons en guildes sont brièvement mentionnés ici : Il est en effet essentiel de connaître les exigences écologiques des poissons pour pouvoir les protéger et les favoriser.

Température

Les poissons sont des animaux poïkilothermes, c’est-à-dire qu’ils sont incapables de maintenir leur corps à une température constante. Leur température corporelle correspond donc à peu près à la température de l’eau. Celle-ci active des processus biochimiques et physiologiques, parmi lesquels la mort, qui est une réaction ultime aux valeurs extrêmes délimitant la plage des températures viables. Les conditions écologiques limitantes restreignent cependant cette fourchette. Pour assurer sa survie à long terme, un être vivant doit être capable de se nourrir, de résister aux maladies et aux parasites, de surmonter la compétition avec les autres êtres vivants et d’échapper aux prédateurs. Toutes ces activités dépendent directement de la température corporelle et donc, pour de nombreux organismes, de celle de l’environnement. Les poissons ont une température préférentielle spécifique à laquelle leur métabolisme est à son optimum. La température de l’eau est donc souvent un facteur déterminant pour la présence ou l’absence d’une espèce de poisson, tant dans les plans d’eau que les cours d’eau. Chaque espèce est adaptée à une plage de températures précise. On peut ainsi les classer en guildes :

  • Sténothermes froids: tout le cycle est limité à une fourchette de températures relativement basses (ex. : truites (Salmo spp.), Ombre de rivière (Thymallus thymallus), Lotte (Lota lota)).
  • Sténothermes chauds: tout le cycle est limité à une fourchette de températures relativement hautes (pas d’espèce en Suisse).
  • Eurythermes: Plus grande variabilité des exigences concernant la température en fonction du stade de développement et de la saison (p. ex. températures minimales au printemps/été permettant la reproduction, p. ex. chez le Nase (Chondrostoma nasus), la Chevaine (Squalius cephalus), le Barbeau (Barbus barbus)).
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Truites, Ombre de rivière (Thymallus thymallus) et Lotte (Lota lota), ainsi que les espèces compagnes, ont besoin d’une eau froide. L’image montre des Truites atlantiques (Salmo trutta).

Courant

La classification se base sur une caractérisation générale des conditions de courant dans l’habitat de prédilection :

Préférence générale quant au courant :

  • Rhéophiles : poissons qui préfèrent les secteurs avec du courant (p. ex. Barbeau commun (Barbus barbus), truites (Salmo spp.), Nase (Chondrostoma nasus)).
  • Indifférents : poissons ne montrant pas de préférence claire entre les secteurs à courant et les secteurs calmes (p. ex. Perche (Perca fluviatilis), Gardon (Rutilus rutilus)).
  • Limnophiles : poissons qui préfèrent les zones calmes (p. ex. Rotengle commun (Scardinius erythrophthalmus), corégones (Coregonus spp.)).

Vitesse du courant dans les zones de frai

  • Rhéopares : poissons qui se reproduisent dans les eaux courantes (p. ex. truites (Salmo spp.), Chabot Cottus gobio), Ombre de rivière (Thymallus thymallus), Nase (Chondrostoma nasus))
  • Euryopares : poissons qui fraient aussi bien dans les eaux courantes que dans les eaux stagnantes (p. ex. Perche (Perca fluviatilis), Vairon (Phoxinus phoxinus aggr.)).
  • Limnopares : poissons se reproduisant dans les eaux calmes (p. ex. Brème (Abramis brama), Rotengle commun (Scardinius erythrophthalmus)).

Hydromorphologie / structure du cours d’eau

  • Dépendants de la structure : poissons inféodés à certaines structures ou qui montrent un lien fort à ces structures (p. ex. truites (Salmo spp.), Chabot (Cottus gobio)).
  • Modérément dépendants de la structure : poissons qu’on trouve principalement au voisinage de certaines structures aquatiques (p. ex. Ombre de rivière (Thymallus thymallus), Vandoise (Leuciscus leuciscus)).
  • Indépendants de la structure : poissons qui ne dépendent pas de structures particulières (p. ex. corégones (Coregonus spp.), Ablette (Alburnus alburnus)).
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Les sédiments grossiers non colmatés (gravier, pierres et blocs) sont particulièrement importants comme éléments de structure pour le Chabot (Cottus gobio).

Voir aussi : Cours d’eau, Diversité structurale

Reproduction

La prédation et le taux d’oxygène ont une grande influence sur la survie durant les premiers stades de développement. Par conséquent, la stratégie et le succès de reproduction – quand celle-ci est naturelle – sont largement influencés par le substrat et le lieu de ponte. Ces deux facteurs sont utilisés pour distinguer des guildes de reproduction :

  • Polyphiles : pas d’exigence particulière quant au substrat de ponte (p. ex. Pseudorasbora (Pseudorasbora parva)).
  • Lithophiles : cailloux/gravier (p. ex. truites (Salmo spp.), Ombre de rivière (Thymallus thymallus), Petite Lamproie Lampetra planeri), Barbeau commun (Barbus barbus)).
  • Pélagophiles : pleine eau (p. ex. certains corégones (Coregonus spp.)).
  • Phytophiles : plantes (p. ex. Perche (Perca fluviatilis), la plupart des Cyprinidés).
  • Psammophiles : sable (p. ex. Goujon (Gobio gobio)).
  • Ostracophiles : moules (p. ex. Bouvière (Rhodeus amarus)).
  • Spéléophiles : cavités / grottes (p. ex. Cagnetta (Salaria fluviatilis), Chabot (Cottus gobio)).
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Pour frayer – comme ci-dessus – les Ombres de rivière (Thymallus thymallus) ont besoin de gravier fin non colmaté.

Alimentation

Sur la base des préférences alimentaires, on distingue les guildes alimentaires suivantes :

  • Détritivores : filtrent les algues et le matériel organique en décomposition contenus dans les sédiments (p. ex. Petite Lamproie (Lampetra planeri)).
  • Benthivores / insectivores : se nourrissent sur le fond des plans et cours d’eau, ainsi que d’insectes (p. ex. truites (Salmo spp.), Ombre de rivière (Thymallus thymallus)).
  • Piscivores : consommateurs de poissons avant tout, mais aussi, dans une moindre mesure, de nourriture aquatique et terrestre (p. ex. Brochet (Esox lucius), Sandre (Sander lucioperca), Silure glâne (Silurus glanis)).
  • Planctivores : se nourrissent de zooplancton surtout et, pour partie, de phytoplancton p. ex. corégones (Coregonus spp.)).
  • Omnivores : consomment une nourriture provenant d’un large spectre alimentaire (p. ex. Chevaine (Squalius cephalus), Vandoise (Leuciscus leuciscus)).
  • Herbivores : alimentation végétale (p. ex. Nase (Chondrostoma nasus ), Bouvière (Rhodeus amarus)).
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Pendant plusieurs années, la Petite Lamproie (Lampetra planeri) vit sa vie de larve (aveugle) enfouie dans les sédiments fins et filtre les algues et la matière en décomposition présentes dans l’eau. La forme adulte, avec des yeux, est illustrée ci-dessus sur une frayère. Il lui faut du gravier non colmaté. Après avoir frayé, toutes les lamproies meurent car elles ne peuvent plus se nourrir.

Types de migration

On distingue les guildes suivantes selon les types de migration :

  • Migrateurs à courte distance: Déplacements limités à quelques centaines de mètres ou quelques kilomètres. Migration de frai uniquement en eau douce (p. ex. Vairon (Phoxinus phoxinus aggr.), Chabot (Cottus gobio)).
  • Migrateurs à moyenne distance : Déplacements jusqu’à plus de 100 kilomètres. Migration de frai uniquement en eau douce (espèces potamodromes, p. ex. Barbeau (Barbus barbus), Chevaine (Squalius cephalus), truites (Salmo spp.)).
  • Migrateurs au long cours : Migrateurs au long cours : Déplacements de plusieurs centaines de kilomètres, avec une migration de frai entre eaux salées et eaux douces (espèces diadromes, p. ex. Saumon (Salmo salar), Anguille (Anguilla anguilla), Lamproie marine (Petromyzon marinus)).
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Le Saumon atlantique (Salmo salar) est un exemple de migrateur au long cours qui était autrefois largement répandu en Suisse. Il est aujourd’hui considéré comme éteint dans notre pays. Des tentatives de réintroduction sont en cours.

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Cycle de vie

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Les poissons ont un cycle de vie complexe dont il faut tenir compte pour les protéger et les promouvoir (illustration : œufs d’Ombre de rivière).

Toutes les espèces de poissons ont un cycle de vie plus ou moins complexe, au cours duquel les exigences écologiques varient. Voyons celui de la Truite atlantique (Salmo trutta) comme exemple :

  1. La ponte a lieu à la fin de l’automne. Les femelles aménagent une frayère en éliminant les sédiments fins du lit de gravier à un endroit soumis à un bon courant. Les œufs se développent durant plusieurs mois à l’abri du gravier, jusqu’à leur éclosion au printemps. Les truites dépendent donc d’un lit qui ne soit pas perturbé pendant l’hiver. Le colmatage du lit par les sédiments fins peut aussi s’avérer fatal aux œufs, vu qu’il empêche le courant de traverser le gravier et interrompt ainsi l’oxygénation des œufs.
  2. Après l’éclosion des œufs, les larves vivent plusieurs semaines dans le gravier jusqu’à épuisement de leur sac vitellin. Elles sortent ensuite du gravier et colonisent les zones de rives peu profondes à courant calme, où elles commencent à se nourrir de la microfaune benthique.
  3. En grandissant, les truites se déplacent dans les zones à courant plus rapide, où elles se mettent à consommer des insectes plus grands (insectivores).
  4. Dans le courant de leur première ou de leur deuxième année, les truites développent des stratégies différentes. Certaines migrent et colonisent les rivières ou les lacs relativement grands. Les autres restent dans les eaux qui les ont vues naître.
  5. Les truites des grands lacs et rivières deviennent rapidement des poissons de grande taille qui font une consommation accrue d’autres poissons (piscivores). Les truites qui restent dans les petits cours d’eau dépendent d’une bonne offre en cachettes telles que les fosses d’affouillement, les berges affouillées ou les amoncellements de bois mort. Elles défendent un territoire contre leurs congénères et contre les autres espèces.
  6. Au début de la saison de reproduction, les truites adultes migrent depuis les lacs, rivière et ruisseaux vers la frayère de leur naissance (homing).

Le cycle de vie de la Truite atlantique montre la diversité des exigences de cette espèce tout au long de la vie. Elle n’est pas la seule dans ce cas. On peut dire de façon générale que les poissons ont besoin d’habitats diversifiés et interconnectés.

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Cylce de vie de la Truite atlantique (Salmo trutta) dans l’affluent d’un lac.

Liens

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Truite de rivière, forme de vie de la Truite atlantique (Salmo trutta).

Comportement migratoire

Migrations longitudinales

Au cours de sa vie, le poisson entreprendra parfois plusieurs migrations le long du cours d’eau. Les migrations les plus spectaculaires sont celles des espèces diadromes (migratrices à longue distance), dont la vie alterne entre les phases en eau douce et les phases en mer. Les espèces anadromes comme le Saumon atlantique (Salmo salar) quittent la mer, dans laquelle ils ont déjà parcouru des distances considérables durant plusieurs années, pour remonter un cours d’eau dans lequel ils vont se reproduire. L’Anguille (Anguilla anguilla) est une espèce catadrome, qui fait le chemin inverse : elle quitte les rivières pour aller se reproduire dans la mer des Sargasses, dans l’océan Atlantique, à l’est des Caraïbes. Les espèces potamodromes (migratrices à moyenne distance) entreprennent de plus petits trajets, en restant dans le même cours d’eau. C’est le cas du Nase (Chondrostoma nasus) qui remonte les rivières pour se reproduire et qui peut ainsi parcourir des distances supérieures à 100 km. De façon générale, toutes les espèces piscicoles se déplacent plus ou moins régulièrement le long du cours d’eau. Ces mouvements vers l’amont et l’aval ont lieu dans les différentes phases du développement. Ils sont souvent motivés par le besoin de rejoindre un habitat indispensable à la phase de vie correspondante. Les poissons recherchent ainsi activement des zones adaptées à leur reproduction, à leur croissance, à leur hivernage, à leur repos ou à la nécessité de trouver un d’abri. Des déplacements passifs ou actifs vers l’aval sont souvent provoqués par des perturbations naturelles ou artificielles de l’habitat (crues p. ex.). La reconquête de régions situées en amont, par exemple après une dérive passive, se fait par les migrations de compensation. Les migrations d’expansion servent à coloniser ou recoloniser des habitats.

Migrations latérales

La connectivité latérale joue un rôle important, en particulier lors de crues. Les poissons réagissent à ces dernières en s’échappant par les côtés en quête de secteurs inondés mais à courant moins fort. Lorsque la crue s’atténue, ils reviennent dans le lit mineur. Les cours d’eau bétonnés n’offrent souvent plus cette connectivité latérale. Nombreux sont donc les poissons qui se font emporter vers l’aval lors des crues.

Migrations verticales

Dans les lacs, certaines espèces de poissons, comme les corégones (Coregonus spp.), entreprennent des migrations verticales quotidiennes et saisonnières. Ce faisant, ils suivent les déplacement de leurs proies, ou recherchent les températures plus adéquates des profondeurs. Les migrations verticales existent aussi, dans une moindre mesure, dans les cours d’eau. Les jeunes truites par exemple, passent l’hiver pour partie dans le système interstitiel du gravier.

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Bioindication

Les poissons sont d’excellents indicateurs de l’état des eaux – en particulier de leur état structurel. On les utilise donc comme indicateurs, par exemple pour mesurer le succès des actions de revitalisation.

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Conservation et promotion

Conserver et favoriser les poissons passe principalement par la protection de leur habitat. Les tentatives de réintroduction sont vaines si les habitats vitaux ne peuvent pas être conservés ou restaurés. Ce chapitre se concentre donc sur la conservation et la restauration de l’habitat des poissons.

Revitalisation / renaturation

Grâce à la révision de la loi sur la protection des eaux (LEaux) de 2011, un plus grand nombre de milieux aquatiques doivent être revitalisés à l’avenir. Idéalement, un milieu aquatique devrait être renaturé, c’est-à-dire remis dans son état naturel d’origine. Une telle action est bénéfique pour toutes les espèces natives de la station, dans l’eau et sur ses bords, indistinctement. L’expérience montrant qu’une renaturation n’est possible que dans de très rares cas, on met souvent en œuvre des solutions de compromis. Des décisions stratégiques sont prises lors de ces revitalisations, décisions qui déterminent le succès ou l’échec de l’entreprise – en particulier pour les poissons dépendants d’habitats variés. Leurs exigences doivent être intégrées aux réflexions dès le départ en tant qu’indicateurs de premier choix de l’état structurel du milieu aquatique. Selon l’article définissant les buts de la loi fédérale sur la pêche (sect. 1 let. a LFSP), la biodiversité naturelle d’un milieu aquatique doit être favorisée. Les points suivants sont d’une importance capitale pour une revitalisation réussie pour les poissons :

  • Clarifier au préalable l’état morphologique et le spectre d’espèces historiques du milieu aquatique visé. Les mesures doivent, autant que possible, restaurer ces conditions.
  • Si ce n’est pas possible, il faut créer des conditions proches de l’état naturel, correspondant au type de milieu et aux exigences des espèces typiques de la station.

Pour les poissons, une grande variabilité de la profondeur, de la vitesse du courant, de la granulométrie ainsi que des structures morphologiques (affouillements, bancs de gravier, amoncellements de bois mort, etc.) est importante. Les poissons ne profitent des revitalisations que si le lit du cours d’eau est assez étendu pour que les zones riveraines inondées lors des crues puissent servir de zones de repli et que des biocénoses de type alluvial puissent se former. L’espace à disposition pour cette extension ne suffit souvent pas pour laisser de telles structures se former d’elles-mêmes lors de processus naturels induits par la dynamique propre du cours d’eau. Dans de tels cas, des interventions sont nécessaires. Cependant, si on façonne un lit d’étiage trop large, l’eau n’est plus assez profonde et la vitesse d’écoulement devient trop faible, ce qui peut à nouveau conduire à des températures excessives. Si au contraire le lit majeur est trop étroit, l’écoulement atteint des vitesses élevées le long des rives qui devraient justement servir de zones de repli. L’idée n’est cependant pas de construire les structures nécessaires. Leur création doit bien plutôt être favorisée par l’apport d’éléments qui peuvent former ces structures sous l’influence du courant utilisé à bon escient. Ce type de mesures, faisant appel à des techniques de génie biologique dans le lit (instream), est très efficace pour favoriser les poissons. Utiliser correctement des épis, des fascines, des arbres abattus, des amas de racines, des rochers, etc., augmente fortement la diversité des conditions de courant et de profondeur et fait apparaître des habitats intéressants. Par conséquent, il vaut la peine d’entreprendre une revitalisation même dans une zone fortement urbanisée. Cette interaction entre des mesures artificielles amenant de la diversité structurale et le maintien ou la stimulation de la dynamique propre du cours d’eau est un défi de taille, mais aussi la clé du succès, en particulier pour les poissons.

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Migration

La migration des poissons d’un côté à l’autre des installations hydroélectriques doit être restaurée d’ici 2030. Outres ces installations, beaucoup d’autres obstacles entravent le déplacement des poissons : seuils, passages, tronçons à débit résiduel non assainis, canaux de basses-eaux déficitaires, etc. La mobilité piscicole à travers une barrière artificielle peut être restaurée en éliminant l’obstacle ou en construisant une aide au franchissement permettant la migration des poissons. Il faut autant que possible privilégier l’élimination de l’obstacle. C’est le seul moyen de permettre les déplacements vers l’amont et vers l’aval.

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Déversoir démoli sur la Surb en aval de Tegerfelden, dans le canton d’Argovie, avant, pendant et après les travaux de démolition. Toutes les espèces de poissons peuvent désormais se déplacer sans problème.
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Démolition d’un déversoir sur l’Aar dans le canton de Soleure.

Dispositifs de franchissement vers l’amont

L’objectif est d’offrir un système qui soit facile et rapide à trouver pour permettre à tous les poissons qui veulent se déplacer de franchir l’obstacle (voir aussi ici). En général, ce système prend la forme d’un chenal parallèle à la rivière, qui peut être aménagé de façon naturelle (p. ex. un canal en enrochement) ou plus technique (p. ex. une passe à fente). Mais on peut aussi guider les poissons directement à « l’étage » supérieur au moyen d’un ascenseur à poissons ou d’une écluse à poissons. Il n’est pas possible d’émettre des recommandations générales concernant le type de système (passe à fente, chenal de contournement, etc.). Le choix du dispositif dépend beaucoup des possibilités locales. Les méthodes de construction naturelles, en particulier en ce qui concerne le fond du lit, sont à privilégier. Pour que le dispositif soit réellement utilisé par les poissons, certaines recommandations importantes doivent être respectées concernant la position de l’entrée, de la sortie, les dimensions, l’hydraulique et la sécurité de fonctionnement requise.

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Passe à fente verticale à l’entrée de l’ascenseur à poissons de la Maigrauge sur la Sarine, près de Fribourg.
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Rivière artificielle permettant le contournement du barrage de la centrale de Albbruck-Doggern, sur le Haut-Rhin.
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Un ascenseur à poissons achemine les poissons de la Sarine dans le lac de Pérolles.

Aide à la dévalaison

Les aides à la dévalaison ont pour but de permettre aux poissons de franchir sans dommage les turbines – qui peuvent causer une mortalité élevée (voir aussi ici). Ces dispositifs sont toujours composés d’un système de protection et d’un corridor de migration immergé. A cela s’ajoutent des systèmes de guidage comme des grilles horizontales, qui conduisent les poissons dans une déviation. A l’heure actuelle, ces solutions ne peuvent pratiquement pas être mises en œuvre techniquement pour les cours d’eau relativement grands. Le développement de turbines plus respectueuses des poissons – censées réduire leur mortalité lorsqu’ils passent au travers – en est encore à ses débuts. Les besoins sont donc encore criants en ce qui concerne la recherche autour de la dévalaison (voir chapitre «  Ce qu’on ignore encore »).

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Grille horizontale dans la centrale de Aue, sur la Limmat

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Régime des matières solides

La nouvelle loi sur la protection des eaux de 2011 et l’assainissement prévu du régime de charriage traitent les déficits dans le flux des matières solides (voir aussi ici). La suppression des collecteurs de graviers, la réactivation de l’érosion des berges (dynamique fluviale) et le transport des sédiments par des tunnels dans les barrages sont les solutions les plus viables pour assainir le régime de charriage. Les remblais en gravier peuvent aussi avoir un effet positif. L’utilité d’un remblai s’atténue cependant nettement au fil du temps – surtout à cause du colmatage. Pour en conserver l’efficacité, il faut apporter du gravier régulièrement et en quantité non négligeable.

Les poissons bénéficient rapidement de la réactivation du régime de charriage. Les remblais aménagés sur l’Aar par exemple, ont donné naissance lors de la première crue à des structures similaires à celles de conditions naturelles, malgré leur étendue plus faible. Le succès de reproduction des Ombres de rivière (Thymallus thymallus), dont l’effectif suisse est en déclin marqué, a connu une forte hausse par rapport à la situation qui prévalait avant la création des remblais.

Si le cours d’eau ne peut plus éliminer naturellement un colmatage important du fond du lit, ameublir mécaniquement le lit peut ponctuellement et temporairement réduire le colmatage.

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Remblai de gravier sur l’Aar.

En plus des sédiments constitués de gravier grossier, d’autres matières solides, telles le bois mort, devraient aussi rester dans l’eau. Actuellement, on en retire souvent le bois mort pour des raisons de protection contre les crues.

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Qualité de l’eau

L’amélioration de la qualité de l’eau reste l’une des tâches principales à mener pour favoriser les poissons. Pour atteindre cet objectif, une réduction drastique de l’apport de produits chimiques est indispensable. La réduction de l’utilisation des pesticides planifiée par la Confédération ne suffira pas. Le traitement des micropolluants dans les stations d’épuration doit être nettement amélioré. La mise à niveau des STEP pour effectuer la quatrième étape du traitement des eaux usées est un premier pas dans cette direction.

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Hydrologie

Les conséquences de l’exploitation hydroélectrique des cours d’eau devraient se voir réduites dans le cadre de l’établissement des débits résiduels minimaux et de l’assainissement des régimes d’éclusées des centrales hydroélectriques. Différentes mesures sont possibles (revalorisation structurelle des cours d’eau, déviation des hautes eaux dans des plans d’eau situés en aval, mesures d’exploitation).

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Exploitation / utilisation

L’utilisation des poissons est régie par la loi fédérale sur la pêche (LFSP) et par les lois cantonales. Les espèces qui subissent une pêche intensive bénéficient ainsi de différentes dispositions de protection, telles que taille minimale de capture et période de protection (généralement les poissons sont protégés pendant leur période de reproduction). Les méthodes de capture autorisées sont régies par les lois cantonales. De plus, on tente de soutenir par des repeuplements les populations des espèces soumises à une forte pêche. Seules des espèces de poissons indigènes (art. 6 al. 1 let. a LFSP) et adaptées à la station (art. 6 al. 1 let. b LFSP) peuvent être relâchées. Des exceptions ne sont possibles que si la faune et la flore indigènes ne sont pas menacées (art. 6 al. 2 let. a LFSP) et que la faune ne subit pas de modifications non souhaitées (art. 6 al. 2 let. b LFSP). L’exploitation des poissons est régulièrement adaptée aux nouvelles connaissances et besoins. Les mesures de repeuplements sont p. ex. réduites dans de nombreuses eaux suisses depuis qu’on a constaté que – précisément dans les cours d’eau – les repeuplements ne contribuaient pas, ou seulement marginalement, à la hausse des effectifs. La reproduction naturelle est en général le processus déterminant pour le rétablissement des populations. Pour limiter les processus évolutifs induits par la pêche, on teste depuis peu des dispositions de protection comme les fenêtres de capture. Celles-ci permettent d’épargner les poissons plus âgés et plus grands en interdisant leur capture.

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Protection des espèces

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Le Nase (Chondrostoma nasus ) est menacé d’extinction. Il vit dans les grandes rivières, consomme des diatomées (algues brunes qui croissent sur les pierres), apprécie le courant et a besoin de températures plutôt chaudes. C’est un migrateur à moyenne distance qui peut parcourir plus de 100 km.

La conservation et la protection des espèces de poissons passent en particulier par la protection de leurs habitats, en partie également par des réintroductions. Ces dernières n’ont toutefois de sens que si on connaît précisément les causes de la disparition d’une espèce et qu’on y a remédié. Dans le cas contraire, ces mesures sont souvent vaines, comme l’ont montré les tentatives de réintroduction du Nase (Chondrostoma nasus ), du Blageon (Telestes souffia) et de l’Ombre de rivière (Thymallus thymallus).

La liste des espèces prioritaires au niveau national comporte 34 espèces de poissons. Celles-ci requièrent des actions urgentes. Les espèces suivantes sont décrites comme prioritaires (catégorie 1) :

  • Nase (Chondrostoma nasus)
  • Savetta (Chondrostoma soetta)
  • Sofie (Parachondrostoma toxostoma)
  • Truite marbrée (Salmo marmuratus)
  • Apron (Zingel asper)

La base de données « Virtual Data Center » contient notamment les données de présence des poissons, afin qu’on puisse en tenir compte dans les projets qui touchent à la protection de la nature. Ces données ne sont pas publiques, mais sont souvent utilisées par les offices cantonaux. Le CSCF met à disposition des données accessibles au public concernant la répartition de toutes les espèces de poissons.

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Aprons (Zingel asper) pêchés dans la Loue.

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Menaces

Selon la liste actuelle d’espèces de l’ordonnance relative à la loi fédérale sur la pêche (OLFP), neuf espèces de poissons sont éteintes en Suisse. Si l’on considère la taxonomie actuelle (truites (Salmo spp.), corégones (Coregonus spp.) et ombles (Salvelinus spp.) chacun plusieurs espèces), ce nombre est bien plus élevé. Parmi les espèces encore présentes aujourd’hui, neuf sont menacées d’extinction. Quatorze autres sont fortement menacées. Plus une espèce est spécialisée, plus le risque est grand que ses effectifs diminuent. Peu importe que cette spécialisation intervienne au niveau de la nourriture, du lien à des substrats de ponte spécifiques ou des distances migratoires. Six des sept migrateurs à longue distance sont éteints en Suisse. Globalement, les espèces les plus fortement menacées sont celles qui vivent avant tout dans les cours d’eau.

La liste rouge est en cours d’actualisation. La nouvelle version prendra aussi en compte la diversité endémique des corégones (en allemand) – désormais connue – pour laquelle la Suisse porte une responsabilité particulière.

Un grand nombre de facteurs anthropogènes ont une influence négative sur les poissons. Le déclin des effectifs suisses de truites a fait l’objet d’une étude approfondie dans le cadre d’un projet de recherche de grande envergure. Il en ressort qu’on ne peut pas attribuer ce déclin à une seule cause, mais qu’il est dû à de nombreux facteurs et à leur influence combinée. Ce qui vaut pour les truites vaut aussi pour la plupart des autres espèces de poissons. Le film diffusé par la RTS en 2017 dans le cadre de l’émission Netz Natur en fait l’impressionnante et très complète démonstration.


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Habitats

La destruction des habitats est l’une des causes principales du déclin des poissons dans les cours d’eau, et en partie dans les lacs aussi. 22% des cours d’eau suisses souffrent d’une morphologie fortement perturbée ou non naturelle. En considérant uniquement les cours d’eau de plaine, qui hébergent la plus grande diversité piscicole, on atteint même 38%. Les grands fleuves, qui à l’état naturel sont des hotspots de la biodiversité, sont eux aussi, et plus que la moyenne, fortement endigués (40% au moins fortement perturbés). Les causes principales en sont l’urbanisation, l’agriculture et l’exploitation de l’énergie hydraulique.


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Proportion des eaux présentant un mauvais état morphologique selon l’altitude. Voir p. 37 du rapport mentionné ci-dessous.

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Connectivité

La connectivité longitudinale des cours d’eau est très souvent mise à mal voire supprimée par des déversoirs, des barrages, des chutes artificielles, des collecteurs de gravier, des tronçons à débit résiduel, etc. Rien que les obstacles à la migration liés à l’exploitation de l’énergie hydraulique sont au nombre d’environ 10'000. La connectivité latérale quant à elle est interrompue à de nombreux endroits par l’endiguement des berges et l’abaissement du niveau des cours d’eau. Enfin, la connectivité verticale est réduite en premier lieu par le colmatage du fond, lui-même provoqué par une charge trop grande de sédiments fins, l’affaiblissement du régime de charriage, et une dynamique d’écoulement diminuée. Le colmatage empêche les espèces qui fraient dans le gravier d’y déposer leurs œufs, ou conduit à l’asphyxie des œufs par un approvisionnement en oxygène insuffisant. En le remplissant d’éléments fins, le colmatage provoque en outre la perte du système interstitiel du gravier. Cet espace constitue l’habitat et la zone de refuge des invertébrés du lit de la rivière. Ces invertébrés (benthos) composent l’essentiel de la nourriture des poissons.

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Qualité de l’eau

Au 20ème siècle, les atteintes les plus visibles à la qualité de l’eau étaient les pollutions chroniques par les nutriments qui ont conduit au développement excessif des algues, au colmatage et à l’anoxie. L’eutrophisation des plans d’eau et l’anoxie consécutive ont eu des conséquences majeures sur le cortège d’espèces de ces lacs, notamment sur les corégones (Coregonus spp.). Pour redresser la situation, on a construit des stations d’épuration dans tout le pays. La pollution aux nutriments est ainsi revenue à un niveau plus bas dans de nombreux milieux aquatiques – grâce aussi aux mesures prises dans l’agriculture.

Les problèmes avec d’autres pollutions chimiques, avec les micropolluants issus par exemple des résidus des médicaments et des pesticides, ont à l’inverse augmenté. Ceux-ci affaiblissent directement les poissons, ce qui les rend moins résistants aux autres facteurs de stress comme les mycoses (Saprolegnia parasitica) ou la maladie rénale proliférative (MRP). Les substances hormonales actives provoquent des malformations des organes sexuels des poissons. Les micropolluants leur nuisent aussi indirectement, par exemple par leur impact négatif sur les plantes aquatiques et les algues (phytobenthos) et sur la faune aquatique (macrozoobenthos), qui constituent la base alimentaire de nombreux poissons.

Des accidents impliquant du purin ou des eaux usées de chantier conduisent encore fréquemment à une mortalité aigüe des poissons. On assiste ainsi en moyenne à une hécatombe de poissons tous les trois jours en Suisse.

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Température / changement climatique

La température des cours d’eau est influencée de façon très diverse par les conditions climatiques, la nappe phréatique, le type et la taille du cours d’eau, les pompages, les rejets (p. ex. effluents de STEP et de centrales nucléaires, de pompes à chaleur, ruissellement des routes), l’exploitation de l’énergie hydraulique, et l’ombrage. La combinaison de ces facteurs conduit à une augmentation de la température de l’eau dans la plupart des eaux suisses, mais spécialement dans celles du Plateau.

Etant donné que la température de l’eau joue un rôle très important pour les poissons (voir chapitre guildes de températures), cette augmentation a des conséquences sur leur cycle de vie (développement plus rapide des œufs p. ex.) et conduit à une modification du cortège d’espèces. Elle favorise de plus certaines maladies, comme la maladie rénale proliférative (MRP) chez les truites (Salmo spp.).

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Hydrologie / dynamique de l’écoulement

Eclusées

Le régime d’éclusées induit par quelques centrales hydroélectriques provoque une alternance de crues et d‘étiages se succédant à une fréquence beaucoup plus élevée dans le cours d’eau. Cela entraîne une baisse des effectifs de la macrofaune benthique et de la faune piscicole, et modifie leur composition – entre autres parce que ces organismes (poissons et leurs proies) dérivent ou s’échouent. Ces derniers phénomènes ont lieu à l’état naturel mais sont amplifiés par le régime d’éclusées (voir aussi ici).

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Poissons échoués suite à une éclusée dans le Doubs.

Débit résiduel

Les tronçons à débit résiduel se trouvent en aval des barrages ou des retenues lorsque l’eau est déviée pour la production d’électricité. La quantité d’eau qui reste (débit résiduel) configure l’habitat. Elle correspond très souvent à un débit d’étiage très bas, qui règne pendant la plus grande partie de l’année. Certaines espèces de poissons ne peuvent plus survivre si le débit est trop faible. La raison principale tient à la réduction générale du nombre d’habitats disponibles due au faible volume d’eau. De plus, les possibilités de migration se trouvent restreintes. Les modifications du régime des températures (l’eau de vidange des lacs de barrage est plus froide que dans une situation naturelle, tandis que l’eau du débit résiduel se réchauffe fortement en été) peuvent également influencer la survie des espèces sensibles.

Dynamique de crues naturelle

Les crues sont les forces vives et naturelles d’un cours d’eau. Elles garantissent le transport des sédiments et du bois tombé à l’eau. Elles mettent aussi en mouvement le fond du lit, ce qui contrecarre la tendance au colmatage. Les poissons et les proies lithophiles de l’espace interstitiel dépendent de cette dynamique. De plus, les crues et les inondations qui en découlent sont essentielles pour le maintien des zones alluviales bordant les eaux courantes et les plans d’eau. Tous les êtres vivants des zones alluviales profitent de ces inondations – notamment les poissons qui utilisent cet habitat par exemple pendant la saison de reproduction, lors de la période de hautes eaux dans les lacs et les grandes rivières. Les centrales à accumulation et les lacs à niveau régulé privent les cours d’eau situés en aval de leur dynamique, et donc de leur vitalité.

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Matières solides

Les « matières solides » d’un cours d’eau désignent les sédiments grossiers (gravier et cailloux), le matériel fin (sable et limon) et le bois tombé à l’eau. Un régime des matières solides naturel est une pièce maîtresse de la dynamique des eaux. S’il est perturbé (p. ex par des collecteurs de graviers et de bois, l’extraction de gravier, des centrales hydroélectriques, l’élimination du bois mort lors de l’entretien du cours d’eau), la « matière modelable » du cours d’eau – qui, couplée à la dynamique d’écoulement, façonne le lit – disparaît. C’est ainsi que disparaissent ou se colmatent les bancs de gravier par exemple, indispensables à la survie de tous les poissons lithophiles.

Une augmentation artificielle du transport des sédiments fins peut, tout autant, avoir des conséquences négatives. Le nettoyage et la vidange des bassins de retenue sont synonymes de grande pollution pour les cours d’eaux situés en aval. Les plus concernés sont les macro-invertébrés, dont font partie les poissons.

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Impacts de la pêche et de la pisciculture

La pêche peut influencer les populations piscicoles de plusieurs manières. D’une part, le prélèvement excessif peut réduire l’effectif au point que la population n’est plus viable. D’autre part, il peut en résulter des processus évolutifs causés par la pêche ; c’est le cas par exemple quand les poissons à croissance rapide sont capturés plus tôt que ceux à croissance lente, ce qui constitue un désavantage évolutif pour les premiers. Comme les poissons à croissance lente se reproduisent plus souvent et avec un taux de réussite plus élevé, cette pratique de pêche peut, au fil du temps, conduire à une diminution de la taille au sein de l’ensemble de la population. Ce phénomène a été prouvé pour les cabillauds de l’Atlantique Nord par exemple. Cet effet est considéré comme déterminant dans la baisse de croissance des corégones de certains lacs. Pour les espèces qui font l’objet d’une pêche intensive, en particulier, on soupçonne que l’évolution induite par la pêche a une grande influence sur la population piscicole.

Par ailleurs, dans le cadre de l’exploitation piscicole, on tente de soutenir par des mesures de repeuplement les effectifs des espèces très utilisées, comme la Truite atlantique (Salmo trutta) et les diverses espèces de corégones (Coregonus spp.). Cette pratique comporte également des risques, tels que la propagation de maladies ou la perte des adaptations locales. Raison pour laquelle les mesures de repeuplement pour conserver les effectifs sont de plus en plus remises en question.

De plus, les repeuplements dans des eaux qui n’abritent pas de poissons à l’origine peuvent avoir des impacts graves pour d’autres groupes d’espèces – les libellules par exemple, ou très fréquemment aussi, les amphibiens.

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Espèces invasives

Les espèces de poissons invasives ont été décrites en détail en 2002 (voir ici, en allemand). La liste la plus actuelle est celle de l’OLFP. C’est ainsi que la faune piscicole de Suisse recense officiellement 14 espèces exotiques de poissons qui sont généralement parvenues à former des populations établies. 13 espèces ont été introduites par des peuplements ciblés ou via du matériel servant au repeuplement, deux espèces du fait de la détention de poissons d’ornements.

Les espèces de poissons allochtones peuvent avoir des effets écologiques négatifs à bien des égards. Ils peuvent par exemple exercer une pression de concurrence ou de prédation sur les espèces indigènes. L’expansion de l’Epinoche (Gasterosteus gymnurus) provoquée par des individus non indigènes est ainsi considérée comme une raison possible de la baisse des populations de corégones dans le lac de Constance, et elle fait actuellement l’objet d’un projet de recherche fouillé. L’hybridation avec des représentants de la faune locale qui sont proches parents, et l’introduction de maladies et parasites, peuvent également faire des dégâts. Il faut s’attendre à ce que d’autres espèces allochtones de poissons arrivent dans les eaux suisses dans les années qui viennent. La situation du bassin hydrographique du Rhin est au centre de l’attention à ce sujet. La dernière immigration connue concerne les Gobiidés invasifs, qui sont arrivés dans le Rhin en 2011 dans la région de Bâle et se sont massivement répandus vers l’amont depuis.

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Ce qu’on ignore encore

  • De nombreuses installations manquent actuellement d’un dispositif efficace de protection des poissons qui descendent le cours d’eau. Cette lacune est particulièrement aigüe pour les centrales situées sur les grandes rivières (voir aussi ici). Des recherches sont donc encore nécessaires.
  • Les connaissances sur le comportement des poissons avant et dans les systèmes d’aide au franchissement vers l’amont sont encore rudimentaires, malgré des décennies de construction de passes à poissons.
  • L’effet général de la qualité de l’eau sur les poissons est connu. Mais notre compréhension des effets directs ou indirects des pollutions chroniques et des changements de température sur la faune piscicole est plus lacunaire.
  • Les revitalisations apportent beaucoup aux poissons, mais toutes ne sont pas couronnées de succès. Pour que des enseignements puissent être tirés des projets déjà réalisés, des suivis bien conçus et standardisés, orientés sur les objectifs, sont nécessaires.
  • Les suivis standardisés sont également nécessaires pour d’autres mesures, comme l’assainissement des régimes d’éclusées ou du régime de charriage, ainsi que dans le domaine de la migration (vers l’amont et vers l’aval) et dans celui des repeuplements.
  • Les mesures de repeuplement sont de plus en plus critiquées par la recherche. Les suivis réalisés jusqu’à maintenant laissent supposer que ces mesures ne sont pas aussi efficaces qu’espéré. Il faut donc redoubler d’effort pour systématiquement évaluer l’utilité de ces mesures.
  • L’influence des processus évolutifs induits par la pêche n’a jusqu’à présent pas été étudiée à fond. De nouvelles méthodes de génomique permettent d’explorer plus avant ces questions.
  • Plusieurs espèces exotiques sont présentes en Suisse. On ignore cependant si elles influencent la faune piscicole indigène, et si oui, de quelle manière.

Formations de base et continue

Formations continues

Liens généraux utiles pour la pratique

Littérature recommandée

Le livre « Angewandte Fischökologie in Fliessgewässern » (en allemand) est à recommander pour une vision d’ensemble de l’écologie des poissons. Pour la détermination des poissons, nous recommandons l’ouvrage « Handbook of European Freshwater Fishes », très complet :

  • Jungwirth, M., Angewandte Fischökologie an Fließgewässern. 2003: Facultas-Verlag.
  • Kottelat, M., Freyhof, J. 2007: Handbook of European Freshwater Fishes
  • Welcomme, RL. Inland Fisheries: 2001 Ecology and Management. FAO/ Blackwell Science.
  • BirdLife Suisse : Poissons de Suisse. Miniguide. BirdLife Suisse / FSP, 2009.
  • Shop CSCF: Zaugg B., Huguenin K. 2018. Pisces - Atlas et guide d'identification / Bestimmungshilfe. Fauna Helvetica 30, info fauna CSCF & SEG, Neuchâtel.

Dans la loi

Divers

Transmettre ses observations de poissons est très utile à leur protection et leur promotion. L‘application Webfauna a été développée à cet effet par le CSCF. Le site internet du CSCF (Webfauna) indique comment transmettre ses observations.

Auteurs

Texte Pascal Vonlanthen Aquabios GmbH
Werner Dönni Fischwerk GmbH
Review Joachim Guthruf Aquatica GmbH, info@aquatica-gmbh.ch
Diego Dagani OFEV, Section Milieux aquatiques